Retrait des troupes françaises au Sahel, entre influence russe et terrorisme
Auteur :
Jérôme Guedj
— Socialistes et apparentés
(Essonne · 6ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Ministère attributaire : Ministère de l’Europe et des affaires étrangères
Rubrique : politique extérieure
Date de la question : 2026-03-24
Date de la réponse : 2026-04-28
(35 jours)
Texte de la question
M. Jérôme Guedj attire l'attention de M. le ministre de l'Europe et des affaires étrangères sur la stratégie de la France au Sahel à la suite du retrait progressif de ses forces militaires de plusieurs pays de la région. Durant plusieurs années, la présence militaire française avait pour objectif de soutenir les États sahéliens dans la lutte contre les groupes armés terroristes, de contribuer à la stabilité régionale et de protéger les populations civiles. Cette présence s'inscrivait également dans un cadre de coopération historique entre la France et plusieurs pays de la région témoins de partenariats politiques, sécuritaires et économiques. Cependant, depuis le départ des forces françaises et la dégradation des relations diplomatiques avec certains régimes issus de coups d'État, la situation sécuritaire reste particulièrement préoccupante. La menace djihadiste demeure élevée dans plusieurs zones et certains territoires échappent encore au contrôle des autorités étatiques, comme l'illustre l'attaque menée fin janvier 2026 contre l'aéroport international de Niamey par l'organisation État islamique (EI) au Sahel. Au-delà de ces attaques terroristes, d'autres acteurs internationaux ont renforcé leur présence dans la région. Des forces et sociétés militaires privées liées à la Russie ont ainsi développé leur coopération avec certains régimes sahéliens, modifiant sensiblement les équilibres géopolitiques et sécuritaires dans la région. Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large de rivalité d'influence idéologique entre puissances internationales, dans laquelle la Russie cherche notamment à s'accroître. Dans ce contexte, M. le député souhaite connaître les résolutions prises par la diplomatie française afin d'éviter que l'instabilité sécuritaire ne favorise l'expansion de groupes terroristes tels que l'État islamique ou les organisations affiliées à Al-Qaïda, qui continuent de menacer les populations civiles et les institutions des États sahéliens. Il interroge également M. le ministre sur les moyens que le Gouvernement envisage de mobiliser afin de préserver la stabilité de la région, de soutenir les capacités des États sahéliens dans la lutte contre le terrorisme et de faire face à la montée de l'influence russe poursuivant des objectifs stratégiques concurrents. Enfin, il souhaite savoir comment la France entend maintenir un dialogue et une coopération avec les pays du Sahel dans un contexte où les liens historiques, politiques et économiques avec la région se sont fragilisés à la suite du retrait militaire français et comment elle envisage de défendre ses intérêts et de contribuer à la sécurité régionale sans présence militaire directe.
Réponse ministérielle
La France a joué tout son rôle pour faire reculer le terrorisme au Sahel, au côté des armées de la région et à leur demande. Elle en a lourdement payé le tribut avec 58 soldats français tombés en combattant les groupes terroristes au Sahel. Elle a par la suite retiré ses forces, consécutivement aux décisions souveraines d'Etats qui ne souhaitaient plus leur présence. Les services du ministère de l'Europe et des affaires étrangères restent préoccupés par la dégradation sécuritaire au Sahel central et par ses conséquences sur les Etats voisins. La France condamne fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l'encontre des civils dans les Etats du Sahel central, où les djihadistes contrôlent désormais une grande partie du territoire. A ce jour, la France maintient une coopération avec les Etats de la région qui en sont demandeurs, sur la base de l'expression claire de leurs besoins. Nos efforts sont dirigés en priorité sur les pays côtiers du Golfe de Guinée qui souhaitent un renforcement de notre coopération de sécurité et de défense et subissent la pression des groupes terroristes et les conséquences des politiques menées par les juntes voisines. Celles-ci, pour leur part, ne sont pas demandeuses de coopération et mènent des politiques sécuritaires qui alimentent la crise, en se rendant coupables d'exactions contre leurs propres populations, premières victimes de la crise en cours. Le terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, constitue une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales. La France soutient l'action des institutions continentales africaines, l'Union africaine et ses organisations régionales, en particulier la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), pour apporter des solutions pérennes aux défis du terrorisme. Par ailleurs, la France continue d'apporter un soutien vital aux populations victimes du terrorisme, quand elle le peut et dans le respect de la souveraineté des pays concernés, et à soutenir les populations réfugiées dans les pays voisins. Aujourd'hui, nos relations avec les Etats du Sahel central ne sont pas rompues et nous maintenons nos ambassades au Mali et au Burkina Faso. Elles sont cependant très dégradées, à l'initiative des juntes qui alimentent une violente rhétorique anti-française et accusent fallacieusement la France de soutenir le terrorisme. Par ailleurs, au Mali, les autorités détiennent depuis le 14 août 2025, en-dehors de tout cadre légal et en violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, un agent de l'ambassade de France à Bamako, dont nous appelons à la libération immédiate.
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Les services du ministère de l'Europe et des affaires étrangères restent préoccupés par la dégradation sécuritaire au Sahel central et par ses conséquences sur les Etats voisins. La France condamne fermement toutes les attaques terroristes, ainsi que les exactions commises à l'encontre des civils dans les Etats du Sahel central, où les djihadistes contrôlent désormais une grande partie du territoire. A ce jour, la France maintient une coopération avec les Etats de la région qui en sont demandeurs, sur la base de l'expression claire de leurs besoins. Nos efforts sont dirigés en priorité sur les pays côtiers du Golfe de Guinée qui souhaitent un renforcement de notre coopération de sécurité et de défense et subissent la pression des groupes terroristes et les conséquences des politiques menées par les juntes voisines. 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