Méthodologie et calcul du nombre de décès en France lié au tabagisme
Auteur :
Charles de Courson
— Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires
(Marne · 5ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de la santé et de l’accès aux soins
Ministère attributaire : Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées
Rubrique : santé
Date de la question : 2024-10-15
Date de la réponse : 2026-04-14
(546 jours)
Texte de la question
M. Charles de Courson attire l'attention de Mme la ministre de la santé et de l'accès aux soins sur la méthodologie utilisée pour calculer et estimer le nombre de décès en France liés au tabagisme et de l'impact de celui-ci dans le calcul du coût financier en dépenses de santé. En France, une étude publiée en 2019 par Santé publique France basée sur les données de 2015 conclut que 75 000 décès par an sont attribuables au tabagisme. Cette donnée fait depuis référence. Pourtant, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l'IHME (Institute for Health Metrics and Evaluation, institut de référence sur les statistiques de mortalité et morbidité) estiment quant à eux que le nombre de décès liés au tabagisme en France serait de 24 000 (estimation OCDE) et de 30 000 (estimation IHME), soit près de trois fois moins que Santé publique France. Cet écart pourrait être lié à la différence entre les tranches d'âges prises en compte : l'OCDE et l'IHME analysent le nombre de décès prématurés selon la définition que donne l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les maladies chroniques non-transmissibles, c'est-à-dire un décès prématuré qui interviendrait, pour une personne, entre ses 30 ans et ses 70 ans. Au-delà de 70 ans et toujours selon l'OMS, le décès peut intervenir sans que l'on puisse déterminer avec certitude la cause exacte du décès. santé publique France, elle, ne retient pas la définition de l'OMS. À l'inverse même, elle qualifie de décès prématuré, le décès intervenu sur une personne de plus de 35 ans, sans limite haute d'âge. Parallèlement et pour les dépenses de santé applicables aux maladies liées au tabagisme et donc le coût pour la sécurité sociale, l'OCDE estime le montant à 4,6 milliards d'euros par an (données 2019) quand l'étude Kopp publiée par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives l'estime à 25,9 milliards d'euros par an (étude publiée en 2015, année de référence 2010). Là encore, l'estimation de ces coûts est significativement différente (cinq fois moins). La lutte contre la consommation de cigarettes devant rester une priorité de santé publique, il est important de pouvoir disposer de données fiables sur le tabagisme afin d'éclairer le débat public. S'il est difficile d'estimer avec une extrême précision ces données, la simple différence de méthode et de tranches d'âges ne saurait justifier de tels écarts dans les estimations finales. En conclusions, M. le député interroge Mme la ministre sur son analyse des données issues du rapport OCDE, ainsi que sur la méthodologie retenue pour faire ces calculs ? En complément, il lui demande pourquoi la France se singularise-t-elle dans sa méthode de calcul, en ne retenant pas la définition de l'OMS pour les maladies chroniques non-transmissibles et en n'utilisant pas le modèle SPHeP-NCD de microsimulation, qu'utilisent l'OCDE et la plupart des pays.
Réponse ministérielle
L'estimation du nombre de décès attribuables au tabagisme en France repose sur des méthodes épidémiologiques reconnues au niveau international et mises en œuvre au plan national par Santé publique France. La méthode principale repose sur le calcul de la fraction attribuable au risque. Celle-ci consiste à estimer, pour chaque pathologie dont le lien causal avec le tabac est scientifiquement établi (cancers, maladies cardiovasculaires, maladies respiratoires chroniques notamment), la proportion de décès imputable au tabagisme. Sur la base des données de mortalité observationnelles pour l'année 2015, environ 75 000 décès par an sont attribuables au tabagisme en France, soit près de 13 % de l'ensemble des décès. Cette estimation inclut les décès survenus à tous âges, notamment après 70 ans, afin de refléter le fardeau sanitaire total du tabagisme. Cette estimation a servi de référence décennale dans les analyses de santé publique et d'impact sanitaire. Des estimations plus récentes, actualisées aux données de mortalité 2023, indiquent qu'environ 68 000 décès prématurés et évitables pourraient être attribués au tabagisme, représentant près de 11 % de la mortalité totale. La méthodologie française vise à estimer l'ensemble des décès attribuables au tabac, quel que soit l'âge du décès, afin de refléter l'impact total sur la mortalité. En revanche, les modèles de l'Organisation de coopération et de développement économiques et de l'IHME utilisent un indicateur de mortalité prématurée (30-70 ans) conçu pour comparer la performance des systèmes de santé et l'impact des maladies non transmissibles à l'international. Ainsi, l'approche française cherche à évaluer le fardeau total du tabagisme sur la mortalité nationale. L'approche internationale privilégie un indicateur normalisé entre pays, limitant l'analyse à une tranche d'âge définie par l'organisation mondiale de la santé. L'écart s'explique par la différence de périmètre d'âge retenu et non par une absence de concordance des causalités scientifiques. En conclusion, les estimations nationales et internationales convergent pour établir que le tabagisme demeure la première cause de mortalité évitable en France, avec un impact sanitaire majeur justifiant la poursuite et le renforcement des politiques de prévention et d'accompagnement au sevrage.
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Cet écart pourrait être lié à la différence entre les tranches d'âges prises en compte : l'OCDE et l'IHME analysent le nombre de décès prématurés selon la définition que donne l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les maladies chroniques non-transmissibles, c'est-à-dire un décès prématuré qui interviendrait, pour une personne, entre ses 30 ans et ses 70 ans. Au-delà de 70 ans et toujours selon l'OMS, le décès peut intervenir sans que l'on puisse déterminer avec certitude la cause exacte du décès. santé publique France, elle, ne retient pas la définition de l'OMS. À l'inverse même, elle qualifie de décès prématuré, le décès intervenu sur une personne de plus de 35 ans, sans limite haute d'âge. Parallèlement et pour les dépenses de santé applicables aux maladies liées au tabagisme et donc le coût pour la sécurité sociale, l'OCDE estime le montant à 4,6 milliards d'euros par an (données 2019) quand l'étude Kopp publiée par l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives l'estime à 25,9 milliards d'euros par an (étude publiée en 2015, année de référence 2010). Là encore, l'estimation de ces coûts est significativement différente (cinq fois moins). La lutte contre la consommation de cigarettes devant rester une priorité de santé publique, il est important de pouvoir disposer de données fiables sur le tabagisme afin d'éclairer le débat public. S'il est difficile d'estimer avec une extrême précision ces données, la simple différence de méthode et de tranches d'âges ne saurait justifier de tels écarts dans les estimations finales. 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