Situation alarmante des jeunes NEET de La Réunion
Auteur :
Frédéric Maillot
— Gauche Démocrate et Républicaine
(Réunion · 6ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère du travail et des solidarités
Ministère attributaire : Ministère du travail et des solidarités
Rubrique : outre-mer
Date de la question : 2026-02-24
Date de la réponse : 2026-06-23
(119 jours)
Texte de la question
M. Frédéric Maillot interroge M. le ministre du travail et des solidarités sur la situation alarmante des jeunes NEETS de La Réunion. Selon les données publiées par l'Insee, 24 % des jeunes de 15 à 29 ans à La Réunion étaient en situation de NEET en 2023, soit près du double du taux national observé en Hexagone. Cette proportion représente environ 38 700 jeunes Réunionnais confrontés à une exclusion durable du marché du travail, de la formation ou de l'éducation. Parmi eux, une part significative relève de l'obligation de formation des 16-18 ans, ce qui fait de ce dispositif un enjeu majeur pour l'avenir du territoire. Or, malgré cet enjeu social majeur, le rapport annuel de la Cour des comptes publié en mars 2025 souligne qu'en 2023, 58 % des jeunes concernés par l'obligation de formation étaient sans solution effective, d'après les missions locales, ce qui signifie que plus de la moitié des mineurs relevant du dispositif demeuraient sans accompagnement stable ni parcours qualifiant. Dans un contexte ultramarin où l'accès aux structures de formation est souvent entravé par l'insularité, l'éloignement géographique et l'absence d'une offre locale adaptée, cette situation traduit une inefficacité structurelle du dispositif sur le territoire de La Réunion et des DOM. Par ailleurs, la Cour des comptes note que le pilotage national et territorial de l'obligation de formation reste fragile, sans véritable suivi consolidé des résultats ni évaluation détaillée des coûts et des trajectoires des jeunes accompagnés, ce qui compromet la capacité des acteurs locaux à intervenir efficacement. Le manque de solutions innovantes dédiées, le recours majoritaire aux dispositifs de droit commun et des parcours souvent courts et fragmentés contribuent à laisser durablement de nombreux jeunes sans perspective d'insertion. Les conséquences humaines et économiques de ce constat sont considérables : un jeune durablement NEET représente non seulement une perte de qualification et d'opportunité personnelle, mais aussi une charge accrue pour la collectivité en matière de protection sociale, de perte de productivité et d'exclusion sociale. À noter que chaque jeune non accompagné qui bascule dans la catégorie NEET représente au minimum 12 000 euros de coût annuel pour la collectivité. Il souhaiterait savoir quelles mesures concrètes le Gouvernement entend prendre pour garantir un accompagnement effectif et continu de tous les jeunes Réunionnais relevant de l'obligation de formation et pour améliorer l'offre et le pilotage du dispositif sur le territoire ultramarin.
Réponse ministérielle
L'obligation de formation fait partie des priorités du plan d'accélération pour l'emploi des jeunes, intitulé "Emploi futur", lancé officiellement le 7 mai 2026 par les ministres Jean-Pierre Farandou, Edouard Geffray, Philippe Baptiste, Marina Ferrari et Sabrina Roubache. Cette stratégie interministérielle porte l'objectif d'une augmentation à moyen terme du taux d'emploi des 16-25 ans. L'anticipation des ruptures de parcours, l'accompagnement le plus tôt possible et l'engagement des jeunes dans des parcours individualisés et intensifs constituent un axe majeur du plan Emploi futur. Dans ce cadre, il est prévu de redynamiser l'obligation de formation en travaillant notamment à la clarification des responsabilités des acteurs et à leur meilleure coordination dans le cadre d'une gouvernance renouvelée aux échelles nationale, régionale et départementale, adossée aux comités territoriaux pour l'emploi. Les ministères concernés travaillent actuellement avec la délégation interministérielle à la prévention et lutte contre la pauvreté à la rédaction d'une feuille de route qui devra notamment permettre de définir les modalités de pilotage, de clarifier et dynamiser le rôle des plateformes de suivi et d'appui aux décrocheurs et d'outiller les acteurs, notamment s'agissant du repérage des jeunes. Il est également prévu un axe relatif à la mobilisation des solutions pour les jeunes relevant de l'obligation de formation. Sur le terrain, plusieurs dispositifs, dont les jeunes réunionnais bénéficient, sont déployés. « Tous droits ouverts » agit en prévention du décrochage scolaire en mobilisant l'ensemble des acteurs de l'accompagnement, de l'insertion, de la formation et de l'emploi des jeunes susceptibles de proposer une solution de poursuite de parcours. L'accompagnement des élèves de la voie professionnelle vers l'insertion ou la poursuite d'études est également renforcé grâce aux dispositifs AvenirPro (généralisé à tous les lycées professionnels depuis la rentrée scolaire 2025-2026) et sa phase post examen AvenirPro+ pour les jeunes sans solution à la rentrée suivante. Les mesures de soutien au parcours en baccalauréat professionnel contribuent également à sécuriser les trajectoires en articulant consolidation des acquis, accompagnement à l'orientation et préparation différenciée à l'emploi ou à la poursuite d'études. Par ailleurs, l'ensemble des dispositifs accessibles aux jeunes mineurs ont vocation à pouvoir être mobilisés, et notamment les écoles de la 2ème chance, les dispositifs de formation du conseil régional ouverts aux publics mineurs, les actions de parrainage et de mentorat, l'apprentissage et les dispositifs d'engagement tels que le service civique. Enfin, les missions locales sont très fortement mobilisées et participent activement au repérage et à l'accompagnement des jeunes qui relèvent de l'obligation de formation, à travers leur implication dans les Plateformes de suivi et d'appui aux décrocheurs (PSAD) en lien avec les centres d'information et d'orientation. Elles ont en charge le contrôle du respect de l'obligation de formation et se sont structurées et professionnalisées pour répondre aux besoins de ce jeune public avec des référents « obligation de formation », lesquels bénéficient également du soutien de l'association régionale des missions locales. Le nombre de jeunes Sans emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET) est en outre pris en compte dans l'allocation des crédits aux missions locales sur les territoires. La mise en œuvre du plan d'accélération pour l'emploi des jeunes permettra de renforcer le pilotage de cette politique, de mettre en visibilité et d'optimiser les solutions mobilisables et de mieux coordonner les acteurs afin de lui donner toute sa dimension et d'en améliorer les résultats.
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