577députés 17ᵉ législature

Question écrite n° 16040 Réponse publiée Source officielle ↗

Patrimonialisation d'un site historique en Guadeloupe

Auteur : Christian Baptiste — Socialistes et apparentés (Guadeloupe · 2ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de la culture
Ministère attributaire : Ministère de la culture
Rubrique : outre-mer
Date de la question : 2026-06-16
Date de la réponse : 2026-09-22 (98 jours)

Texte de la question

M. Christian Baptiste attire l'attention de Mme la ministre de la culture sur un site historique aujourd'hui en danger à cause de l'érosion côtière, sur la plage touristique de Raisins Clairs, dans la commune de Saint-François en Guadeloupe. En effet, dès 1992, un crâne a été retrouvé par des passants sur la plage donnant lieu à de premières investigations. Ainsi, deux fouilles archéologiques ont été menées, une première en 2013 par la commission Hadès d'archéologie et une seconde en 2014, par l'Institut national de recherches archéologiques préventives. Ces fouilles ont permis de révéler la présence d'ossements humains et de restes de cercueils en bois cloués constitutifs d'un cimetière d'époque coloniale en partie occupé par des esclaves, dont une partie est déjà ensevelie par la mer. Plusieurs solutions ont déjà été étudiées par les acteurs locaux tels que le département de la Guadeloupe ou la mairie de Saint-François, notamment l'établissement d'un jardin mémoriel, le réensablement du site, la construction de digues ou le placement de panneaux commémoratifs sur ce lieu marqué par les traces physiques de l'esclavage. Néanmoins, aucune initiative n'est parvenue à empêcher l'altération du site et il est urgent de favoriser la recherche sur cette période historique et de préserver les ossements aujourd'hui dégradés ou emportés par la mer. Plus largement, en Guadeloupe, d'après le conservateur régional de l'archéologie, Jean-François Modat, parmi les 4 400 sites archéologiques recensés, 800 sont situés à moins de 100 mètres du bord de mer tandis que 160 sont menacés par la montée des eaux avec une quinzaine en train de partir à la mer. Cette situation critique révèle ainsi le manque de protection des sites historiques face à la crise environnementale et à l'intensification des catastrophes naturelles, en l'occurrence l'érosion et le recul du trait de côte touchant les territoires insulaires et littoraux. Il lui demande donc si elle entend lancer la procédure de classement au titre d'un site patrimonial remarquable du cimetière de la plage de Raisins Clairs afin de le protéger, de permettre la poursuite des recherches historiques tout en respectant les sépultures, aujourd'hui particulièrement abimées, de ces personnes esclavisées ; si elle est disposée à faire inscrire par l'État un diagnostic archéologique et des fouilles préventives sur les autres sites menacés de l'archipel guadeloupéen et quelles sont les solutions qu'elle entend apporter pour généraliser cette protection des sites patrimoniaux face aux conséquences du changement climatique et de la dégradation de la biodiversité.

Réponse ministérielle

La préservation du site des Raisins clairs, situé sur une plage sableuse en bordure de l'océan Atlantique, constitue l'un des défis de la Guadeloupe en matière de résilience face au dérèglement climatique et de conservation des patrimoines naturels et culturels. Le département de la Guadeloupe, la commune de Saint-François et les services de l'État, notamment la direction des affaires culturelles (DAC) et la direction de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DEAL), portent ainsi un projet commun d'envergure, visant à mieux comprendre et à préserver ce site exceptionnel, qui cristallise des enjeux climatiques, écologiques et patrimoniaux. Face à cette érosion constante et inéluctable, des opérations archéologiques programmées, financées par la DAC à hauteur de 48 000 euros, ont été menées en 2013 par la société Hadès et en 2014 par l'Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), afin de documenter et de collecter les vestiges menacés par l'érosion du trait de côte. Elles ont confirmé la fonction funéraire du site, identifié des inhumations en cercueils de bois cloués et permis de mieux comprendre les pratiques d'inhumation des populations serviles aux XVIIIe et XIXe siècles. Par ailleurs, un diagnostic d'archéologie préventive prescrit par l'État et réalisé par l'Inrap en 2019 a permis de vérifier l'extension septentrionale et occidentale du cimetière. Au total, 172 sépultures ont été exhumées et tous les ossements, prélevés pour étude, sont conservés dans le dépôt archéologique de la DAC, à Baillif. La DAC subventionne actuellement un projet collectif de recherche porté par le Centre national de recherche scientifique, afin de finaliser les études anthropobiologiques du cimetière de la plage des Raisins Clairs. En sus, depuis 2015, une dizaine de comités de pilotage ont été organisés pour la conservation de la plage des Raisins Clairs, auxquels ont participé la DEAL, le département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines et la DAC : à cette occasion, des regards croisés ont permis d'aborder différents sujets techniques, scientifiques et de valorisation, notamment la pose récente de panneaux d'information et de signalisation sur site, afin de sensibiliser les usagers au respect de ce lieu mémoriel. Entre 2016 et 2021, la DAC de Guadeloupe a également engagé des mesures conservatoires du front d'érosion du cimetière et de signalisation (40 440 euros). Les éléments techniques de ces mesures (réensablement, barriérage) ont été transmis à la communauté d'agglomération du Nord Grande-Terre, afin que celle-ci prenne à sa charge ce dispositif temporaire de protection du site. Une récente expertise de la DEAL et du Bureau de recherches géologiques et minières a permis d'actualiser les données sur l'évolution du trait de côte de la plage des Raisins Clairs. La DAC accompagne aussi la commune de Saint-François dans les démarches réglementaires de signalisation, de conditionnement et de stockage des vestiges anthropobiologiques régulièrement mis au jour. À l'échelle de la Guadeloupe en particulier, ce sujet d'actualité constitue pour la DAC et pour les collectivités une priorité, notamment en raison des vestiges archéologiques menacés. La DAC a récemment financé plusieurs opérations archéologiques programmées (sondages, prospections) sur des plages et des sites côtiers, à Saint-François, au Moule (plages de Morel et de l'Autre Bord), en Basse-Terre, à Petite-Terre ou encore à Saint-Martin. En avril 2024, un colloque international consacré aux enjeux du patrimoine archéologique côtier a également bénéficié du soutien de la DAC. Cette politique vise à anticiper et à prévenir les risques liés à l'évolution du trait de côte à travers plusieurs actions : identifier les risques pour le patrimoine archéologique côtier, sensibiliser les acteurs de la politique de gestion du trait de côte aux enjeux liés au patrimoine archéologique, porter la question de la préservation de la ressource archéologique en lien avec le recul du trait de côte, favoriser la structuration des remontées d'informations liées à la découverte de vestiges à travers les réseaux d'alerte et la sensibilisation des acteurs locaux (collectivités territoriales, associations, chercheurs). Par ailleurs, la DAC s'est rapprochée de l'Observatoire du littoral de Guadeloupe pour un projet de convention visant à utiliser des données topo-bathymétriques pour vérifier annuellement, ou à la suite des différents événements climatiques, la dynamique des plages. Au regard de sa singularité et de son importance historique, la proposition de protéger la plage des Raisins Clairs paraît pertinente, mais doit être étudiée à l'échelle de l'ensemble de la commune. Le classement au titre des sites patrimoniaux remarquables d'une ville, d'un village ou d'un quartier se fonde toujours sur une étude exposant les motifs qui le justifient, les objectifs poursuivis ainsi qu'une proposition de périmètre adapté à l'échelle communale. Cette démarche s'appuie sur un partenariat entre les services de l'État (DAC) et ceux de la collectivité territoriale (culture et urbanisme). Un contact a été pris par la DAC avec la commune de Saint-François, afin de lui présenter cet outil et d'envisager la mise en place rapide de moyens adaptés à la préservation de ce lieu mémoriel sensible.
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