Accès aux psychiatres pour les étudiants
Auteur :
Rodrigo Arenas
— La France insoumise - Nouveau Front Populaire
(Paris · 10ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
Ministère attributaire : Ministère de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’espace
Rubrique : santé
Date de la question : 2026-06-23
Date de la réponse : 2026-09-22
(91 jours)
Texte de la question
M. Rodrigo Arenas appelle l'attention de M. le ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace sur l'accès des étudiants aux soins psychiatriques. La santé mentale des jeunes et des étudiants constitue un enjeu majeur de santé publique. Selon le Baromètre santé de Santé publique France, la prévalence de l'épisode dépressif caractérisé chez les 18-24 ans est passée de 11,7 % en 2017 à 20,8 % en 2021, soit une augmentation de près de 80 % en quatre ans. Face à cette situation, le dispositif Santé Psy Étudiant permet aux étudiants de bénéficier gratuitement de douze séances auprès d'un psychologue partenaire. Si ce dispositif constitue une avancée importante en matière d'accès aux soins psychologiques, il ne répond toutefois qu'à une partie des besoins en santé mentale. En effet, certaines pathologies nécessitent un suivi psychiatrique, voire une prise en charge médicamenteuse, qui ne peuvent être assurés par un psychologue. Or l'accès à la psychiatrie demeure particulièrement difficile pour de nombreux étudiants. Selon l'Observatoire national de la vie étudiante, 29 % des étudiants présentant une détresse psychologique déclarent avoir renoncé à consulter un spécialiste pour des raisons financières, une proportion qui atteint 30 % parmi ceux présentant une détresse psychologique intense. Plus inquiétant encore, 57 % des étudiants en situation de détresse psychologique intense déclarent n'avoir consulté ni psychiatre ni psychologue au cours de l'année écoulée. Ces difficultés sont renforcées par la raréfaction de l'offre de soins. Au 1er janvier 2023, la France comptait 15 582 psychiatres, dont seulement 6 170 exerçant une activité libérale. Parmi eux, 43 % exercent désormais en secteur 2, contre 30 % en 2011, contribuant à accroître le reste à charge pour les patients. Selon un sondage Ipsos réalisé pour la Fédération hospitalière de France en 2026, parmi les jeunes de 18 à 24 ans concernés par des problèmes de santé mentale, 64 % déclarent avoir été confrontés à des délais d'attente trop longs pour accéder à un psychiatre et 52 % indiquent avoir été dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous. Dans ce contexte, alors que la santé mentale a été érigée en grande cause nationale, il lui demande si le Gouvernement envisage d'étendre le dispositif Santé Psy Étudiant à la prise en charge de consultations de psychiatrie afin de garantir aux étudiants un accès effectif à l'ensemble des soins nécessaires à leur santé mentale.
Réponse ministérielle
Les enquêtes conduites auprès de la population étudiante mettent en évidence une dégradation préoccupante de la santé mentale et une détresse psychologique importante. Le ministère de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace partage ce constat et, en lien étroit avec le ministère chargé de la santé, fait de la santé mentale des étudiants une priorité de son action. Il participe à ce titre à la définition des orientations nationales en matière de santé étudiante. Le code de l'éducation prévoit ainsi que la santé mentale constitue l'une des missions prioritaires des services de santé étudiante (SSE). Ceux-ci assurent des actions de promotion de la santé mentale, de prévention et de repérage des troubles psychiques. Ils peuvent également assurer une prise en charge directe lorsque cela est nécessaire et orienter les étudiants vers les dispositifs de soins les plus adaptés. Les services de santé étudiante (SSE) proposent une offre d'accompagnement et de prise en charge sur l'ensemble du territoire. Au nombre de 63, ils disposent de 170 sites d'implantation, dont 33 sont constitués en centres de santé, et assurent plus de 700 000 consultations chaque année. Inscrits dans les réseaux territoriaux de santé, notamment au sein des conseils locaux de santé mentale (CLSM) et des conseils de santé mentale étudiante (CSME), les SSE coordonnent leur action avec les acteurs de leur territoire, en particulier les établissements de santé. Les partenariats noués avec la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM), les centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) et d'autres acteurs permettent de déployer des actions d'« aller vers », de mobiliser des étudiants pairs et de mieux diffuser l'information. Ces actions contribuent à renforcer l'accès aux droits et à limiter le renoncement aux soins. Les services de santé étudiante (SSE) constituent le principal point d'entrée de la politique de santé étudiante. Ils assurent des missions de promotion de la santé, de prévention, de repérage et de prise en charge, notamment en matière de santé mentale. Dans le champ de la prévention, les SSE conduisent des actions portant sur les principaux déterminants de la santé mentale, tels que le sommeil, les addictions, la nutrition, les conduites à risque ou encore la pratique d'une activité physique. Ils développent également des partenariats avec les acteurs sportifs et culturels afin de favoriser les approches transversales, de renforcer le lien social et de lutter contre l'isolement. À ce titre, ils proposent notamment des ateliers de sophrologie, de relaxation ou de yoga. En matière de prévention secondaire, les SSE mettent en œuvre des dispositifs de repérage précoce de la souffrance psychique, en s'appuyant notamment sur des actions de pair-aidance, les étudiants relais santé et les secouristes en santé mentale. Enfin, l'ensemble des SSE proposent des consultations de psychologie et de psychiatrie. En 2025, ces consultations ont représenté 173 000 rendez-vous, auxquels s'ajoutent les 320 000 consultations réalisées dans le cadre du dispositif Santé Psy Étudiant (SPE). Les consultations proposées dans le cadre du dispositif Santé Psy Étudiant (SPE) sont assurées par un réseau de 1 600 psychologues conventionnés. En revanche, l'ouverture du dispositif SPE à des consultations de psychiatrie n'apparaît pas comme la modalité la plus adaptée. Les services de santé étudiante (SSE) privilégient une organisation reposant sur un premier accueil et une première évaluation des étudiants par des infirmiers en psychiatrie. Réalisé par des professionnels disposant d'une connaissance approfondie des problématiques de santé étudiante et de l'offre de soins en santé mentale sur leur territoire, cet accueil permet d'évaluer les besoins de chaque étudiant et d'optimiser l'orientation vers la prise en charge la plus appropriée, dans un contexte marqué par les tensions de la démographie médicale. Selon les situations, les étudiants peuvent être orientés vers un psychologue du SSE, un bureau d'aide psychologique universitaire (BAPU), un psychiatre ou le dispositif Santé Psy Étudiant, dans une logique de complémentarité des dispositifs et de bonne utilisation des ressources disponibles. En complément de ces dispositifs, le ministère finance, depuis fin 2023, la ligne nationale d'écoute de la CNAé (coordination nationale d'accompagnement des étudiants), qui constitue un point d'entrée pour les étudiants en situation de mal-être. Portée par l'association En avant toute (s) dans le cadre d'un marché public conclu avec le ministère, la CNAé est dotée de 0,9 M€ en loi de finances initiale pour 2025. La plateforme est animée par une équipe de professionnels des secteurs sanitaire, social et juridique, qui assurent l'écoute, l'accompagnement et l'orientation des étudiants. La CNAé permet également de signaler des situations préoccupantes, notamment des violences sexistes et sexuelles, des discriminations ou des faits de harcèlement, afin d'orienter les étudiants vers les dispositifs compétents. Depuis le 1er juillet 2026, la CNAé est accessible via le 3040, un numéro national à quatre chiffres simple à mémoriser. Depuis l'ouverture de la plateforme fin 2023, 7 212 appels ont été pris en charge. En 2025, la CNAé a traité 3 654 appels, soit une moyenne de 304 appels par mois. En complément de cette offre, les BAPU participent à la prise en charge de la santé mentale des étudiants sur l'ensemble du territoire métropolitain. Les 21 BAPU offrent un accès direct et gratuit à des consultations de psychologie et de psychiatrie. Ils assurent une prise en charge coordonnée et pluridisciplinaire, fondée sur la prévention, le repérage précoce des troubles psychiques et la lutte contre l'autostigmatisation. Parmi ces 21 structures, 3 sont implantées au sein d'universités. L'ensemble de ces dispositifs permet ainsi d'agir à chaque étape du parcours, de la prévention et du repérage précoce de la souffrance psychique jusqu'à l'accompagnement, l'orientation et, lorsque cela est nécessaire, la prise en charge spécialisée des étudiants.
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