Situation extrêmement préoccupante de la psychiatrie en France
Auteur :
Julien Guibert
— Rassemblement National
(Nièvre · 2ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l’accès aux soins
Ministère attributaire : Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées
Rubrique : santé
Date de la question : 2025-04-29
Date de la réponse : 2026-05-12
(378 jours)
Texte de la question
M. Julien Guibert attire l'attention de M. le ministre auprès de la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, chargé de la santé et de l'accès aux soins, sur la situation extrêmement préoccupante de la psychiatrie en France et plus particulièrement sur les difficultés croissantes rencontrées par les personnels soignants exerçant dans ce secteur, notamment dans des territoires déjà fragilisés comme la Nièvre. Depuis plusieurs années, les professionnels de santé mentale alertent sur une dégradation continue de leurs conditions d'exercice. Cette tendance s'accentue dans un contexte d'explosion de la demande en soins psychiatriques : près d'un Français sur cinq est aujourd'hui concerné par des troubles psychiques, soit environ 13 millions de personnes. Par ailleurs, plus d'un quart de la population consomme des psychotropes, tels que les anxiolytiques, les antidépresseurs ou les somnifères. Cette psychiatrisation croissante de la population, loin d'être compensée par une politique volontariste, se heurte à une pénurie aiguë de moyens humains et financiers. Les soignants, en sous-effectif chronique, doivent faire face à des charges de travail insoutenables, à la complexification des pathologies et à une insécurité croissante. En 2021, la psychiatrie représentait à elle seule 22,2 % des signalements de violences en milieu de santé, avec plus de 4 000 atteintes aux personnes et près de 1 000 atteintes aux biens. Le personnel soignant est en première ligne, représentant à lui seul 84 % des victimes d'agressions. Ces faits traduisent un climat de tension et de mal-être généralisé, qui alimente les départs en cascade, le burn-out et une perte de vocation préoccupante. Dans la Nièvre, la situation est encore plus alarmante. Le département affiche un taux d'hospitalisation pour tentatives de suicide supérieur à la moyenne régionale, ainsi qu'une mortalité prématurée évitable chez les moins de 65 ans particulièrement élevée : 251 décès pour 100 000 habitants, contre 200 pour l'ensemble de la région Bourgogne-Franche-Comté. Le centre hospitalier spécialisé Pierre-Lôo de La Charité-sur-Loire illustre parfaitement cet état de crise : malgré des besoins criants, seuls un à deux postes de psychiatres ont été pourvus sur les six nécessaires. Cette situation empêche la mise en œuvre d'une politique de santé mentale digne de ce nom dans un département rural déjà en souffrance. Il est urgent de reconnaître pleinement la psychiatrie comme un pilier fondamental de notre système de santé publique. Redonner des moyens à cette spécialité, revaloriser les carrières, améliorer la sécurité des soignants et garantir une qualité de prise en charge des patients ne sont plus des options mais des nécessités vitales. Aussi, il lui demande quelles mesures immédiates et structurelles il entend prendre pour : renforcer les effectifs en psychiatrie, en particulier dans les territoires ruraux comme la Nièvre ; revaloriser les métiers du soin psychiatrique et améliorer les conditions de travail et de sécurité des personnels ; développer une politique de santé mentale ambitieuse, cohérente et adaptée à l'évolution des besoins de la population.
Réponse ministérielle
L'activité de psychiatrie a été fortement soutenue financièrement, l'objectif de dépenses de l'assurance maladie correspondant aux activités de psychiatrie est passé de 9 milliards d'euros en 2020 à plus de 13 milliards d'euros en 2025, soit une augmentation de près de 44 %. En outre, un accompagnement financier spécifique sur l'offre de soins en psychiatrie a été amorcé depuis 2019 et poursuivi chaque année par une augmentation des moyens financiers dévolus à la psychiatrie publique. Ces financements ont permis de soutenir l'activité des établissements sur les territoires, en déclinaison des priorités définies par le ministère. Plus spécifiquement, un appel à projet relatif au Fonds d'innovation organisationnelle en psychiatrie (FIOP) a été créé en 2019. Ce fonds a vocation à contribuer au financement ou amorcer le financement de projets innovants, tant dans l'organisation promue que dans les prises en charge proposées par les établissements de santé. L'objectif est de répondre aux besoins de transformation de l'offre de prise en charge en psychiatrie. Au total, ce sont 216 M€ qui ont été alloués dans ce cadre sur l'ensemble de la période, permettant de favoriser l'émergence et la concrétisation d'initiatives novatrices au sein des établissements de santé. La réforme des autorisations d'activité de psychiatrie, entrée en vigueur en 2024, menée en concertation avec les acteurs, constitue un support au déploiement d'une politique de santé mentale territorialisée, en cohérence avec la feuille de route ministérielle. Elle permet d'améliorer la qualité des prises en charge et de renforcer la lisibilité de l'offre en psychiatrie. Elle prévoit ainsi que tous les établissements de santé doivent assurer des soins à temps complet, à temps partiel et des soins ambulatoires, sur site ou par convention. Cette réforme encourage ainsi le développement des soins ambulatoires et les coopérations entre acteurs d'un même territoire. Sur le volet des ressources humaines, il faut souligner que le nombre de psychiatres est relativement élevé en France par rapport aux autres pays de l'organisation de coopération et de développement économique. Cependant, la discipline de la psychiatrie hospitalière souffre d'un déficit d'attractivité qui se traduit par un nombre important de postes vacants dans les établissements et une répartition très inégale des psychiatres sur le territoire. Les mesures d'attractivité prises en 2022, visant à faciliter l'exercice mixte entre la ville et l'hôpital ou encore les revalorisations dans le cadre du Ségur de la santé, bénéficient aux professionnels, notamment à ceux exerçant dans les services de psychiatrie. Par ailleurs, le renforcement de l'universitarisation de la filière psychiatrique et pédopsychiatrique doit permettre de valoriser la discipline en offrant des carrières attractives ainsi qu'une meilleure visibilité sur ces carrières. Les annonces du 11 juin 2025 relatives au lancement d'un "Plan santé mentale et psychiatrie" dans le cadre de la Grande cause nationale 2025, renouvelée en 2026, viennent également soutenir l'offre en psychiatrie. Ce plan s'articule autour de trois axes : repérer, soigner et reconstruire. Il préconise notamment d'améliorer les conditions d'accueil des patients se rendant aux urgences pour motifs psychiatriques, de renforcer les dispositifs en faveur de la santé mentale des territoires (tels que les projets territoriaux de santé mentale) ou encore d'améliorer la formation initiale des étudiants en médecine. Au total, ce sont 26 mesures qui sont travaillées avec l'ensemble des acteurs mobilisés sur le sujet. La ministre de la santé vient par ailleurs d'annoncer la nomination d'une nouvelle délégation à la santé mentale et à la psychiatrie qui s'inscrira désormais dans un cadre interministériel, au vu des enjeux transversaux de la santé mentale. Plus spécifiquement, face aux enjeux de démographie médicale et d'accès aux soins, l'Agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté soutient par exemple le développement des pratiques avancées. Depuis mars 2023, l'ARS a lancé un plan de mobilisation pluriannuel et territorial en faveur des métiers du social, du médico-social et de la santé, copiloté avec le conseil régional et la préfecture de région. Enfin, depuis l'année universitaire 2024/2025, l'ARS a mis en place un dispositif expérimental d'allocation territoriale d'attractivité, versée à tout interne en médecine, pharmacie ou odontologie affecté en stage dans le département de la Nièvre.
Données brutes (debug)
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Cette psychiatrisation croissante de la population, loin d'être compensée par une politique volontariste, se heurte à une pénurie aiguë de moyens humains et financiers. Les soignants, en sous-effectif chronique, doivent faire face à des charges de travail insoutenables, à la complexification des pathologies et à une insécurité croissante. En 2021, la psychiatrie représentait à elle seule 22,2 % des signalements de violences en milieu de santé, avec plus de 4 000 atteintes aux personnes et près de 1 000 atteintes aux biens. Le personnel soignant est en première ligne, représentant à lui seul 84 % des victimes d'agressions. Ces faits traduisent un climat de tension et de mal-être généralisé, qui alimente les départs en cascade, le burn-out et une perte de vocation préoccupante. Dans la Nièvre, la situation est encore plus alarmante. Le département affiche un taux d'hospitalisation pour tentatives de suicide supérieur à la moyenne régionale, ainsi qu'une mortalité prématurée évitable chez les moins de 65 ans particulièrement élevée : 251 décès pour 100 000 habitants, contre 200 pour l'ensemble de la région Bourgogne-Franche-Comté. Le centre hospitalier spécialisé Pierre-Lôo de La Charité-sur-Loire illustre parfaitement cet état de crise : malgré des besoins criants, seuls un à deux postes de psychiatres ont été pourvus sur les six nécessaires. Cette situation empêche la mise en œuvre d'une politique de santé mentale digne de ce nom dans un département rural déjà en souffrance. Il est urgent de reconnaître pleinement la psychiatrie comme un pilier fondamental de notre système de santé publique. Redonner des moyens à cette spécialité, revaloriser les carrières, améliorer la sécurité des soignants et garantir une qualité de prise en charge des patients ne sont plus des options mais des nécessités vitales. 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Sur le volet des ressources humaines, il faut souligner que le nombre de psychiatres est relativement élevé en France par rapport aux autres pays de l'organisation de coopération et de développement économique. Cependant, la discipline de la psychiatrie hospitalière souffre d'un déficit d'attractivité qui se traduit par un nombre important de postes vacants dans les établissements et une répartition très inégale des psychiatres sur le territoire. Les mesures d'attractivité prises en 2022, visant à faciliter l'exercice mixte entre la ville et l'hôpital ou encore les revalorisations dans le cadre du Ségur de la santé, bénéficient aux professionnels, notamment à ceux exerçant dans les services de psychiatrie. Par ailleurs, le renforcement de l'universitarisation de la filière psychiatrique et pédopsychiatrique doit permettre de valoriser la discipline en offrant des carrières attractives ainsi qu'une meilleure visibilité sur ces carrières. 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