577députés 17ᵉ législature

Question orale n° 638 Réponse publiée Source officielle ↗

Situation de la psychiatrie publique face à la grande cause nationale 2025

Auteur : Zahia Hamdane — La France insoumise - Nouveau Front Populaire (Somme · 2ᵉ circ.)
Ministère interrogé : Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées
Ministère attributaire : Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées
Rubrique : santé
Date de la question : 2026-03-17
Date de la réponse : 2026-03-25 (8 jours)

Texte de la question

Mme Zahia Hamdane appelle l'attention de Mme la ministre de la santé, des familles, de l'autonomie et des personnes handicapées sur le décalage alarmant entre les promesses de la « santé mentale : grande cause nationale 2025 » et la réalité territoriale de la psychiatrie, notamment pour les mineurs et les jeunes. Le Gouvernement a déclaré que la « santé mentale » était la grande cause nationale de 2025. Or Mme la députée dénonce un glissement sémantique dangereux. En utilisant systématiquement le terme de « santé mentale » plutôt que celui de « psychiatrie », le Gouvernement met sur le même plan le mal-être, le stress ou les addictions avec les troubles psychiatriques plus lourds comme la schizophrénie. Selon elle, cette novlangue légitime des réponses de surface et de communication, comme le dispositif « Mon soutien psy », tout en se désengageant du financement de la psychiatrie lourde et des centres médico-psychologiques (CMP). La démonstration de cette stratégie est triple. Premièrement, le Gouvernement suit une logique purement économique : une consultation « Mon soutien psy » conventionnée est facturée 50 euros (remboursée à 60 % par l'assurance maladie), contre près du double pour un acte en CMP qui inclut une prise en charge globale et pluridisciplinaire. Ce moindre coût sert de prétexte aux agences régionales de santé (ARS) pour interrompre le financement de dispositifs locaux spécialisés (périnatalité, cancérologie, handicap), comme l'a dénoncé la convergence des psychologues en lutte dans une lettre ouverte du 10 novembre 2025. Ce désengagement est d'autant plus lourd que le budget de 170 millions d'euros alloué à « Mon soutien psy » permettrait, en réalité, de créer entre 2 500 et 4 000 postes de psychologues au sein d'un secteur public aujourd'hui asphyxié. Dès lors, la raréfaction de l'offre spécialisée provoque un report de soin inévitable : alors que le dispositif cible les troubles légers, un tiers des patients y ont recours « hors indications » pour des pathologies lourdes, faute d'accès à un service public saturé. Deuxièmement, même pour son public cible, le dispositif s'avère inefficace : 50 000 patients n'ont jamais dépassé la première séance. La moyenne s'établit à 4,8 rendez-vous par patient, alors qu'une amélioration significative exige souvent plusieurs dizaines de séances. Troisièmement, le dispositif est boycotté par une majorité de psychologues, pour deux raisons. D'une part, la tarification remboursée par l'assurance maladie est nettement inférieure aux tarifs moyens du secteur libéral. D'autre part, le dispositif impose un exercice isolé qui prive le psychologue de l'appui pluridisciplinaire (psychiatres, infirmiers, travailleurs sociaux) garanti par le modèle des CMP. Faute de pouvoir s'appuyer sur une équipe coordonnée, les praticiens refusent logiquement de s'engager dans le suivi de patients dont la sévérité des troubles exige un cadre thérapeutique sécurisé et collectif. En conséquence, les praticiens disponibles sur les plateformes ne prennent souvent plus de nouveaux patients ; l'offre reste dominée par une approche psychanalytique, alors que de nombreux patients requièrent d'autres types de thérapies plus adaptées à leurs troubles et l'obligation d'avance de frais demeure un frein majeur pour les publics les plus précaires. Ce désinvestissement de la psychiatrie publique favorise aussi, par ricochet, l'essor du secteur privé lucratif. Le symbole de ce basculement est manifeste dans la Somme : tandis que l'hôpital public Pinel subit une asphyxie budgétaire, une clinique privée s'établit à proximité. Ce contraste confirme une stratégie de pure communication, dont l'inefficacité se mesure concrètement par le maintien de délais d'attente d'un an dans la Somme comme dans l'Aisne. La carence de l'offre publique est devenue telle que des initiatives citoyennes et syndicales, à l'instar de la « caravane pédopsy », sont désormais contraintes de sillonner le département pour pallier les défaillances du ministère de la santé auprès des centres hospitaliers de Laon, Saint-Quentin ou Soissons. Au regard de cette démonstration, elle lui demande si elle compte réévaluer ce dispositif au profit d'un réinvestissement massif dans la psychiatrie publique, afin de garantir des soins adaptés, gratuits et durables pour tous.

Réponse ministérielle

PSYCHIATRIE PUBLIQUE


Mme la présidente. La parole est à Mme Zahia Hamdane, pour exposer sa question, no 638, relative à la psychiatrie publique.

Mme Zahia Hamdane. Votre gouvernement a déclaré que la santé mentale était la grande cause nationale de l'année 2025. L'usage de l'expression « santé mentale » me pose un problème. Pourquoi ? Parce que vous pouvez y mettre ce que vous voulez : le mal-être, le stress, les addictions, mais aussi la schizophrénie ou la bipolarité. C'est très pratique ; cela vous permet de dire : « Regardez, on agit ! », de vous contenter d'apporter des solutions comme des plateformes téléphoniques ou le dispositif Mon Soutien psy. Ce sont des réponses superficielles, adaptées aux seuls troubles légers, et elles ne fonctionnent même pas !

Pendant ce temps, cela vous donne un prétexte pour cesser de financer la psychiatrie lourde et les centres médico-psychologiques (CMP) : vous nous dites que vous mettez l'argent ailleurs.

Dans cette affaire, tout le monde est perdant. Prenons l'exemple de votre mascotte : Mon Soutien psy.

Avec ce dispositif, vous ne réglez aucun problème, vous en créez. Le montant de la consultation dans le cadre de Mon Soutien psy s'élève à 50 euros ; pour un acte pratiqué en CMP, c'est environ le double, car cela mobilise toute une équipe – des infirmiers, des médecins, des psychologues. Dès lors, que font les agences régionales de santé (ARS) ? Elles cessent de financer certains services en CMP, avec l'excuse facile, un peu sous-entendue, consistant à dire que l'argent est mis ailleurs : dans Mon Soutien psy. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est la convergence des psychologues en lutte dans sa lettre ouverte du 10 novembre 2025, à laquelle Mme la ministre n'a d'ailleurs pas répondu.

C'est d'autant plus scandaleux que les 170 millions d'euros de ce dispositif permettraient de créer pas moins de 4 000 postes de psychologues dans le secteur public.

Cerise sur le gâteau, comme l'hôpital public n'a plus de place – étant donné que vous n'y mettez pas les moyens –, les patients souffrant de troubles lourds se rabattent sur Mon Soutien psy alors même que ce dispositif n'est pas fait pour eux. Un tiers des patients y ont recours pour des pathologies lourdes, simplement parce que le service public est saturé.

Et même pour les personnes souffrant de troubles légers, soit son public cible, Mon Soutien psy ne marche pas : 50 000 patients n'ont jamais dépassé la première séance ; la moyenne est de 4,8 rendez-vous par patient, alors qu'on conseille généralement une dizaine de séances pour voir un vrai changement.

Les psychologues boycottent le dispositif, d'abord parce que les tarifs sont trop bas par rapport au secteur libéral, mais surtout parce que ce sont des consultations privées : ils n'ont donc pas l'appui d'une équipe, comme c'est le cas, je le répète, dans les CMP avec des psychiatres, des infirmiers ou des travailleurs sociaux. Le psychologue exerce seul : il refuse donc logiquement de suivre des patients atteints de troubles sévères sans un vrai cadre thérapeutique sécurisé et collectif.

À cela s'ajoute le fait que les psychologues du dispositif ne prennent souvent plus de nouveaux patients ; les thérapies d'orientation psychanalytique sont très souvent proposées, alors que certains patients auraient besoin d'autres types de suivi, et il faut toujours avancer les frais – les plus précaires sont, encore une fois, exclus.

Monsieur le ministre, je vous ai prouvé que votre slogan sur la santé mentale était de la pure communication, un terme fourre-tout, de la novlangue. Je vous ai fait la démonstration que Mon Soutien psy ne fonctionne pas et qu'il vous sert de paravent pour vous désengager de l'hôpital public. Ma question est donc la suivante : comptez-vous réévaluer ce dispositif au profit d'un réinvestissement massif dans la psychiatrie publique afin de garantir des soins adaptés, gratuits et durables pour tous ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre du travail et des solidarités.

M. Jean-Pierre Farandou, ministre du travail et des solidarités. Vous attirez l'attention de la ministre de la santé sur les difficultés rencontrées sur le terrain concernant la prise en charge des troubles psychiques. Soyez assurée que la ministre partage ce diagnostic.

La santé mentale a été reconnue comme grande cause nationale en 2025 et en 2026, ce qui a permis de déployer des mesures portant sur les déterminants de santé, des mesures de prévention et d'autres portant spécifiquement sur le renforcement de l'offre de soins psychiatriques. Le dispositif Mon Soutien psy a permis l'accompagnement de près de 1 million de patients, avec plus de 5,9 millions de séances réalisées par 7 000 psychologues conventionnés.

Plusieurs évolutions ont été apportées récemment pour améliorer le parcours proposé. Le tarif des consultations a été revalorisé à 50 euros, contre 40 euros pour l'entretien d’évaluation et 30 euros pour la séance d’accompagnement. Le nombre de séances prises en charge est passé de huit à douze par an, considérant, comme vous l'avez rappelé, qu'une dizaine de séances était nécessaire pour garantir un bon accompagnement des patients.

Je précise que l'investissement réalisé sur ce dispositif s'est fait en complément des mesures dédiées au renforcement de l'offre psychiatrique. En effet, l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) correspondant aux activités de psychiatrie a connu une augmentation de près de 44 % entre 2020 et 2025, pour atteindre plus de 13 milliards d'euros.

Certains dispositifs ont fait l'objet de mesures spécifiques, telle la revalorisation des centres médico-psychologiques, à hauteur de 18 millions d'euros pour les adultes entre 2022 et 2024, et à hauteur de 38 millions d’euros pour les enfants et les adolescents. Cet investissement massif s'est traduit par une augmentation du nombre d'équivalents temps plein dans les établissements de 127 psychiatres et 9 000 personnels non médicaux.

Le ministère de la santé reste pleinement mobilisé pour poursuivre l'ensemble des travaux visant à améliorer la prise en charge en santé mentale et en psychiatrie.

Mme la présidente. La parole est à Mme Zahia Hamdane.

Mme Zahia Hamdane. Comment justifiez-vous alors ce qui se passe réellement sur le terrain ? Il faut toujours un an pour obtenir un rendez-vous dans la Somme ou dans l'Aisne. La situation est tellement catastrophique que des citoyens et des syndicats ont été obligés de créer une « caravane pédopsy », qui se déplace dans l'Aisne pour aider les centres hospitaliers.

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Ce moindre coût sert de prétexte aux agences régionales de santé (ARS) pour interrompre le financement de dispositifs locaux spécialisés (périnatalité, cancérologie, handicap), comme l'a dénoncé la convergence des psychologues en lutte dans une lettre ouverte du 10 novembre 2025. Ce désengagement est d'autant plus lourd que le budget de 170 millions d'euros alloué à « Mon soutien psy » permettrait, en réalité, de créer entre 2 500 et 4 000 postes de psychologues au sein d'un secteur public aujourd'hui asphyxié. Dès lors, la raréfaction de l'offre spécialisée provoque un report de soin inévitable : alors que le dispositif cible les troubles légers, un tiers des patients y ont recours « hors indications » pour des pathologies lourdes, faute d'accès à un service public saturé. Deuxièmement, même pour son public cible, le dispositif s'avère inefficace : 50 000 patients n'ont jamais dépassé la première séance. La moyenne s'établit à 4,8 rendez-vous par patient, alors qu'une amélioration significative exige souvent plusieurs dizaines de séances. Troisièmement, le dispositif est boycotté par une majorité de psychologues, pour deux raisons. D'une part, la tarification remboursée par l'assurance maladie est nettement inférieure aux tarifs moyens du secteur libéral. D'autre part, le dispositif impose un exercice isolé qui prive le psychologue de l'appui pluridisciplinaire (psychiatres, infirmiers, travailleurs sociaux) garanti par le modèle des CMP. Faute de pouvoir s'appuyer sur une équipe coordonnée, les praticiens refusent logiquement de s'engager dans le suivi de patients dont la sévérité des troubles exige un cadre thérapeutique sécurisé et collectif. 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La carence de l'offre publique est devenue telle que des initiatives citoyennes et syndicales, à l'instar de la « caravane pédopsy », sont désormais contraintes de sillonner le département pour pallier les défaillances du ministère de la santé auprès des centres hospitaliers de Laon, Saint-Quentin ou Soissons. 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