Amendement (sans numéro) — ARTICLE 5
Dispositif
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Exposé sommaire
Par cet amendement, les députés du groupe LFI proposent de supprimer les annulations de crédits de la mission Aide publique au développement.
Depuis 2024, les Gouvernements qui se succèdent mènent une véritable entreprise de démantèlement de l’aide publique au développement. Après près de 2,4 milliards d’euros de coupes dans les crédits de cette mission, les macronistes poursuivent leur politique d’austérité sur le dos des populations les plus pauvres du monde. En réalité, le Gouvernement cherche à satisfaire le Rassemblement national, qui a fait de la suppression de l’aide au développement une obsession quasi-pathologique.
Pourtant, ces coupes ne sont pas de simples lignes comptables, ce sont des des vies humaines brisées. Une étude de The Lancet a établi une formule pour calculer le nombre de morts liés à la baisse de l’APD. Selon cette formule, les baisses de l’APD française depuis 2024, qui sont d’environ 2,4Md€, vont provoquer la mort de 3,5 millions de personnes.
Mais il faut refuser de défendre l’aide publique au développement sous le seul angle de la morale. Il s’agit ici de justice. Présenter l’aide publique au développement comme un cadeau que l’on ferait gracieusement aux pays du Sud est d’autant plus indécent que cette « aide » ne représente qu’une infime compensation au regard des richesses que les économies du Nord accaparent depuis des décennies au détriment des pays du Sud. Ces relations économiques profondément inégalitaires s’inscrivent dans la logique de dépendance et de domination décrite par l’économiste Samir Amin, notamment à travers sa théorie du développement inégal, selon laquelle « l’Occident développe le sous-développement ». Chez les économistes plus classiques, ce phénomène correspond à « l’échange inégal » théorisée par Arghiri Emmanuel dès 1969.
Une étude publiée en juillet 2024 dans la prestigieuse revue Nature Communications, intitulée « Unequal exchange of labour in the world economy », vient confirmer empiriquement l’ampleur de cette exploitation néocoloniale. Ses auteurs montrent qu’en 2021, les travailleurs des pays du Sud ont réalisé 90 % des heures de travail nécessaires à la production mondiale, mais n’ont perçu que 21 % du revenu mondial. Plus encore, les chercheurs estiment à 16 900 milliards d’euros la valeur salariale du travail net accaparé par les économies du Nord, si celui-ci était rémunéré aux niveaux de salaires pratiqués dans les pays riches, à qualification équivalente. C’est un montant comparable à la richesse produite chaque année par l’ensemble de l’Union européenne !
Voilà la réalité de l’ordre économique international : les pays riches bâtissent leur prospérité sur l’exploitation du travail et des ressources des pays du Sud, avant de présenter l’aide au développement comme une dépense superflue dont il faudrait se débarrasser. Loin d’être une quelconque générosité occidentale, cette aide constitue une contribution bien modeste face aux mécanismes structurels d’appauvrissement imposés aux pays du Sud.
Nous refusons que la France poursuive ce désengagement criminel de la solidarité internationale. L’urgence n’est pas de réduire les moyens de l’aide publique au développement, mais de les renforcer et surtout de rompre avec un ordre économique mondial fondé sur l’exploitation et l’échange inégal.
Dans le détail, nous demandons la suppression des annulations de crédits de :
– 244 757 056 € en AE et 11 163 525 € en CP prévues pour le programme 110 « Aide économique et financière au développement » ;
– 136 663 748 € en AE et 45 989 733 € en CP prévues pour le programme 209 « Solidarité à l’égard des pays en développement ».
Soit un total de 381 420 804 € en AE et 57 153 258 € en CP dont nous demandons l’octroi d’urgence aux organisations qui luttent contre les difficultés de développement et ses conséquences.