577députés 17ᵉ législature

amendement n° 42 commission Discuté

Amendement n° 42 — ARTICLE 16

Auteur : Arnaud Saint-Martin — La France insoumise - Nouveau Front Populaire (Seine-et-Marne · 1ᵉ)
Texte visé : Projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au...
Article : ARTICLE 16
Date de dépôt : 2026-10-01
Date de sort : —

Dispositif

Avant la dernière phrase de l’alinéa 4, insérer la phrase suivante :

« Aux fins de la bonne application des dispositions prévues aux alinéas précédents, les entités visées au présent article doivent avoir recours à des solutions techniques numériques immunes de tout effet extraterritorial de législations étrangères. »

Exposé sommaire

Par cet amendement, le groupe LFI souhaite réaffirmer à nouveau l'importance d'utiliser des solutions numériques souveraines, en garantissant notamment l'hébergement des données récoltées par les entités assujetties aux obligations du présent projet de loi sur des serveurs situés sur le territoire national (ou européen) et sur lesquels s'applique le droit national et protégé de tout effet d'une législation étrangère qui aboutirait d'une manière ou d'une autre à un transfert de données à des autorités étrangères.

Face à la numérisation de la société, l'usage de nouveaux outils numériques tels que les "clouds" (ou service de l'informatique en nuage) sont devenus indispensables au bon fonctionnement des entités publiques et privées. Les données qu'elles récoltent sont parfois particulièrement sensibles, et toute fuite ou divulgation non autorisée aurait des conséquences néfastes majeures pour les individus concernés. Or, sur ce marché, 3 grandes entreprises américaines sont en situation de quasi-monopole, puisqu'Amazon Web Services (AWS), Microsoft Azure et Google Cloud, représentent à elles seules 70% des parts de marché en Europe, tandis que la part des fournisseurs de cloud européens a connu une diminution au cours des dernières années, représentant 27 % des parts en 2017 puis seulement 16 % en 2021. Or, en raison de l'existence de législations extraterritoriales appliquées par certains pays comme les Etats-Unis, les données récoltées par leurs entreprises à l'étranger doivent être ouvertes aux autorités publiques : dans le cadre de la commission d'enquête sénatoriale sur "les coûts et les modalités effectifs de la commande publique et la mesure de leur effet d'entraînement sur l'économie française" adopté le 8 juillet 2025, M. Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a avoué que son entreprise ne pouvait pas garantir que les données hébergées ne soit jamais transmises à des autorités étrangères lorsque ces dernières le leur demande au titre de leurs législations nationales.

Ainsi, aux Etats-Unis, plusieurs législations permettent au Gouvernement d’accéder à nos données comme la section 702 du Foreign Intelligence Surveillance Act (Fisa) qui permet aux autorités américaines, sans nécessité de mandat, de recueillir des données personnelles de citoyens étrangers stockées sur des serveurs gérés par des fournisseurs de services cloud domiciliés aux États-Unis, y compris lorsque les serveurs ne sont pas situés sur le territoire américain. Les mesures de cybersécurité prévues par le présent projet de loi risquent d'être en réalité largement privées d'effectivité si cette question de l'extraterritorialité n'est pas prise au sérieux. En l'absence de telles mesures, notre pays risque de devenir une véritable "colonie numérique" de puissances étrangères, annihilant ainsi notre capacité même à agir. Par conséquent, cet amendement vise à lutter contre cette impuissance.